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Pourquoi favoriser la biodiversité au lycée ?

Par JEAN-CLAUDE GEVREY, publié le mardi 23 juin 2026 16:36 - Mis à jour le mercredi 24 juin 2026 09:31
Le GEC (Groupe Écodélégué Colbert) s’est attelé à l’étude de la biodiversité au sein de l’établissement pour mieux comprendre son organisation et son intérêt pour la collectivité.

Si le printemps est généralement une saison propice aux éclosions de toutes sortes, c’est aussi la période où l’on a pu voir une poignée d’élèves écodélégué-e-es déambuler sous les frondaisons du lycée Colbert pour ausculter l’environnement local. En effet, une des questions qui a émergé de leur enquête, menée en mars 2026, concerne l’usage et l’appropriation par les élèves des espaces extérieurs. C’est donc avec cette idée en tête, que le GEC est allé à la découverte de la principale parcelle végétalisée du lycée : un espace d’environ 1700 m², exposé plein sud et séparant le terrain de sport du parking réservé au personnel.

Un jardin privé ? Un parc public ? Une prairie dans les Monts du Lyonnais ? Non, le lycée Colbert !

 

Caractéristiques de l’écosystème local

 

Il s’agit d’une surface non artificialisée, c’est-à-dire dont le sol n’a pas été recouvert d’asphalte et qui, pour cette raison, est peuplé par une variété d’espèces végétales. La strate herbacée est très hétérogène avec des zones riches en poacées, plantes caractérisées par une longue et fine tige cylindrique sur laquelle s’insèrent des feuilles étroites à disposition alterne et dont la gaine enveloppe la tige ; les fleurs, assez rudimentaires, sont regroupées en épillets. D’autres zones regorgent d’espèces de la famille des orchidées qui – le saviez-vous ? – est l’une des familles de plantes à fleurs les plus diversifiées, avec plus de 25 000 espèces recensées à ce jour. D’autres zones encore accueillent sauges des prés, panicauts champêtres, renoncules, mauves, gaillets jaunes, achillées nobles, liserons, centaurées, laiterons, lotus pédonculés ou raisins d’Amérique : quelques espèces parmi tant d’autres que les élèves ont été en mesure d’identifier grâce à l’application Pl@ntNet. Des arbustes ligneux (églantiers, ronces d’Arménie, mahonias à feuilles de houx) et des arbres à feuillage caduc (tilleul, platane, érable negundo, prunus, figuier) ou persistant (cyprès de Lawson), parfois envahis de plantes grimpantes (lierre, vigne vierge) complètent cet inventaire qui, assurément, est loin d’être exhaustif.

Une approche d’échantillonnage pour estimer la biodiversité végétale. Une surface d’un mètre carré est délimitée aléatoirement et l’intégralité des espèces est recensée à l’intérieur du périmètre. L’opération est répétée sur d’autres sites à proximité afin d’obtenir un inventaire représentatif.

Utilisation d’une clé de détermination pour identifier un arbre. De grandes feuilles simples et alternes. Trois nervures palmées autour du pétiole, se prolongeant en lobes pointus. Un limbe dont la face supérieure est vernissée. Des fruits sous forme d’akènes ovoïdes, verdâtres et hérissés. Tout porte à croire qu’il s’agit d’un platane.

À l’exception des arbres et des arbustes ornementaux qui ont vraisemblablement été plantés par l’humain à une date qu’il est difficile d’estimer, la plupart des autres espèces végétales présentes ne sont pas domestiquées et se sont installées spontanément grâce au transport des graines par le vent ou les animaux. Il en résulte une importante richesse spécifique (nombre d’espèces différentes par unité de surface et de temps), laquelle est naturellement adaptée aux conditions environnementales locales : composition du sol, disponibilité en eau, climat. Une partie importante de la parcelle est volontairement laissée non exploitée, ce qui permet une évolution libre de l’écosystème (on parle, dans ce cas, de friche).

Un réseau complexe d’interactions

Comme tout écosystème, sa dynamique dépend des nombreuses interactions entre les êtres vivants qui le peuplent (biocénose) ainsi qu’entre les êtres vivants et leur milieu (biotope). D’une manière générale (et c’est le cas ici), les végétaux servent aussi bien d’habitats que de ressources nutritives pour toute une communauté d’espèces dont beaucoup sont à ranger dans la catégorie des insectes. Parmi ceux-ci, certains consomment le nectar des fleurs et favorisent ainsi la pollinisation, contribuant au maintien du couvert végétal. C’est là un exemple classique de relation mutualiste dans laquelle chacun des partenaires tire un bénéfice de l’interaction. À l’inverse, d’autres insectes se nourrissent des feuilles ou de la sève des plantes et, à ce titre, peuvent être considérés comme des parasites qui leur sont défavorables. Cette relation dissymétrique ne bénéficie donc qu’à un seul des partenaires mais n’est pas pour autant un problème si la population végétale est suffisamment robuste et/ou si les plantes ciblées par le parasite sont disséminées au sein d’autres espèces non-cibles, ce qui est souvent le cas dans la parcelle.

 

Deux exemples de relations trophiques dans lesquelles un insecte se nourrit d’un végétal : une cétoine grise (Oxythyrea funesta) dans une fleur d’églantier (Rosa canina) et des pucerons (famille des Aphididae) sur une tige de laiteron maraîcher (Sonchus oleraceus).

À ces interactions s’en ajoutent d’autres puisque plusieurs espèces d’oiseaux ont été repérées sur le site, soit directement par observation soit indirectement à travers l’enregistrement de leur chant, traité ensuite par l’application BirdNET. Merles, pies, étourneaux sansonnets : ces oiseaux ont pour point commun d’être des espèces généralistes, omnivores et capables de s’adapter à de nombreuses conditions environnementales. Ce sont des prédateurs qui se nourrissent aussi bien d’insectes ou de vers que de baies, voire de restes alimentaires laissés par les humains. Ce faisant, les oiseaux régulent les populations d’insectes et disséminent les graines contenues dans les fruits qu’ils consomment.

Couple de pies bavardes (Pica pica) en recherche de nourriture.

Ça sert à quoi la biodiversité ?

Les écosystèmes assurent des fonctions qui, pour certaines, sont utiles aux humains : c’est ce qu’on appelle des services écosystémiques. Citons, par exemple, la fonction de puits de carbone des plantes en croissance. Celles-ci fabriquent, grâce à l’énergie solaire, leur matière organique par photosynthèse et, au cours de ce processus, utilisent du dioxyde de carbone (CO2) présent dans l’atmosphère. En stockant le carbone dans leurs tissus, les plantes réduisent la concentration atmosphérique en CO(qui est un gaz à effet de serre) et régulent ainsi le climat. À plus court terme, la végétation atténue l’impact des îlots de chaleurs urbains de plusieurs manières : (1) là où il y a des espaces verts, il n’y a généralement pas de revêtement artificiel qui emmagasine la chaleur en journée et la restitue la nuit ; (2) les feuillages génèrent des zones ombragées sur le sol qui accumule donc moins d’énergie solaire ; (3) le phénomène d’évapotranspiration refroidit l’air ambiant à proximité.

Cet effet bénéfique de la végétation a pu être vérifié au lycée par des mesures de températures réalisées pendant l’épisode de chaleur exceptionnel survenu fin mai 2026. Les résultats obtenus sont présentés dans le graphique ci-après. On constate que les températures relevées localement à une heure donnée sont très variables selon le site considéré, avec un net effet atténuateur de la végétation : diminution de l’ordre de 7 °C en fin d’après-midi, dans des conditions d’exposition au Soleil comparables.

Graphique montrant des températures mesurées le 28 mai 2026 au lycée Colbert, à trois moments de la journée. La température intérieure (Int.) a été mesurée au CDI. Les températures extérieures (Ext.) ont été mesurées au niveau du sol à différents endroits : végétalisés (type 1, ex. parcelle étudiée) ou artificialisés (type 2, ex. terrain de sport) et bénéficiant d’un ombrage prolongé (a), d’un ombrage partiel (b) ou d’un ensoleillement direct pendant l’essentiel de la journée (c). Toutes les mesures ont été effectuées sous abri à l’aide d’une sonde thermométrique (cf. photos à droite).

 

Si cette végétation est utile, comment assurer son maintien ?

Tout d’abord, il s’agit de préserver ce qui existe en intervenant le moins possible car si l’écosystème est viable c’est qu’il s’auto-entretient grâce au réseau d’interactions impliquant une diversité d’espèces végétales et animales, sans oublier les espèces bactériennes et fongiques. Préserver les espèces signifie déjà éviter de les détruire ou de détruire leur habitat : laisser « à l’abandon » certaines zones, tondre les autres de manière raisonnée (c’est-à-dire en respectant la continuité des zones « sauvages » et en tenant compte des périodes de floraison et de fructification, lesquelles dépendent des espèces considérées), éviter le piétinement qui tasse le sol, etc.

Prendre soin de l’écosystème, c’est aussi veiller à sa bonne santé et à son équilibre. S’assurer que les arbres ne sont pas malades en inspectant régulièrement troncs et feuilles, favoriser certaines populations animales utiles en installant des dispositifs susceptibles de servir d’habitats (hôtels à insectes, nichoirs) et maîtriser la prolifération des espèces invasives (espèces qui, déplacées de leur aire de répartition d’origine vers un milieu nouveau pour elles, y trouvent des conditions idéales pour se développer, aux dépens des espèces locales et éventuellement des activités humaines).

Thomas, un écodélégué, posant fièrement à côté d’un « hôtel à insectes ». Cet assemblage riche en recoins est susceptible d’offrir un abri à de nombreux auxiliaires des espaces végétalisés (bourdons, guêpes, papillons et autres pollinisateurs ainsi que coccinelles, chrysopes et autres prédateurs des espèces nuisibles pour les plantes).

À propos des espèces invasives, si quelques-unes ont une certaine visibilité médiatique en raison de leur impact sanitaire (ambroisie, moustique tigre) ou socio-économique (frelon asiatique, pyrale du buis), d’autres passent davantage inaperçues. C’est le cas de l’une d’elles, pourtant omniprésente au lycée : l’ailante. Cette plante dite rudérale (qui pousse dans les milieux anthropisés, notamment urbains) est visible un peu partout, sous réserve qu’on y prête attention, non seulement au lycée mais dans toute la métropole lyonnaise et bien au-delà ! Le succès de son développement tient à sa forte adaptabilité à des conditions hostiles (résistance au gel et aux fortes chaleurs, tolérance vis-à-vis de nombreuses substances polluantes), sa croissance rapide (de l’ordre de 15 m en 25 ans) et sa capacité de dissémination très importante par voies aérienne (plusieurs centaines de milliers de graines produites par arbre chaque année) et souterraine (formation de nombreux drageons). Le statut de l’ailante est sujet à débat : s’agit-il d’une plante utile pour végétaliser rapidement des surfaces qui pourraient en bénéficier ou plutôt d’une espèce nuisant aux autres par son aptitude à coloniser très rapidement son environnement ? Dans tous les cas, certains plants, encore jeunes, mériteraient d’être arrachés manuellement lorsqu’ils sont situés dans des endroits gênants (sur les toits, dans les canalisations...).

Ailante glanduleux (Ailanthus altissima) à deux stades de son évolution. Encore appelé faux vernis du Japon ou frêne puant, cet arbre, peu exigeant en substances nutritives, est adaptable aux milieux urbains.

Et l’humain dans tout ça ?

N’oublions pas que les espaces extérieurs du lycée sont aussi des espaces de vie pour plus d’un millier d’élèves, d’étudiant-e-s et de personnels. Dès lors, comment concilier sur le même territoire favorisation de la biodiversité et usages quotidiens par les humains ? La question est ouverte dans toutes ses dimensions : écologique, pragmatique, esthétique… Comment choisir et délimiter les zones à préserver ? Comment aménager l’espace extérieur pour le rendre partiellement accessible et à qui ? Quelles sont les initiatives envisageables pour améliorer le cadre de vie, à court terme et à long terme ? Qui peut/veut/doit s’en occuper ? Avec quels moyens ? Comment sensibiliser le public du lycée à ces enjeux ?

Rendre visible l’action du groupe écodélégué. La communication sous différentes formes (sondage, affiche, vidéo, article) a été l’un des axes de travail du GEC au cours de l’année 2025-2026. Fin mai, Sabrina, une étudiante en BTS SAM du lycée Louise Labé, a profité de son stage au lycée Colbert pour interroger les membres du GEC sur leur pratiques et leurs projets, contribuant ainsi à la visibilité du groupe. Ici, Nathan, un écodélégué, répond à un questionnaire de Sabrina.

Les modalités de la transformation écologique du lycée ne sont ni simples ni uniques et le GEC a à cœur de rendre cette réflexion la plus collective et inclusive possible afin de la convertir en actions dont tous les usagers du lycée pourront bénéficier. C’est donc un appel aux bonnes volontés qui est lancé. La lecture de ce texte est déjà le signe de votre intérêt pour le sujet (merci !) mais sachez que, quel que soit votre statut (élève, étudiant-e, professeur-e, personnel non enseignant) vous pouvez vous engager dans des actions concrètes à différents moments du temps scolaire, régulièrement ou ponctuellement. Faute de temps et d’effectifs cette année, plusieurs projets du GEC n’ont pas pu dépasser le stade d’idées. Celles-ci et d’autres (les vôtres peut-être) ne demandent qu’à éclore, alors n’hésitez pas à vous renseigner si l’aventure vous tente !

« Ne doutez jamais qu'un petit groupe de citoyens engagés et réfléchis puisse changer le monde. En réalité c'est toujours ce qui s'est passé. » (Margaret Meade, anthropologue, 1910-1978)

 

Pour en apprendre davantage sur la biodiversité et, plus généralement, la gestion de l’environnement dans la métropole lyonnaise :

https://www.grandlyon.com/pratique/publications-environnement

Pour connaître les nombreux programmes de sciences participatives autour de la biodiversité :

https://www.open-sciences-participatives.org/home/